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Souriez, vous êtes cartographié !

Savez-vous qu’il existe des plages « désertes » dans l’île de Ré, même en plein été ? Ou encore qu’à La Rochelle c’est à la plage de Chef-de-Baie que vous risquez de rencontrer le plus fréquemment vos voisins rochelais ?

Des informations que l’on peut explorer avec l’Atlas de la fréquentation des plages de Charente-Maritime, un atlas conçu et réalisé par l’équipe du laboratoire LIttoral ENvironnement et Sociétés (LIENSs) dans le cadre de l’Observatoire ECOP (Évolution des CÔtes et des Pratiques).

Fréquentation des principales plages de l’île de Ré le 7 août 2010

Des plageurs inventoriés par milliers

Luc Vacher, Maître de conférences, géographe, nous reçoit dans une fraîche salle des cartes où l’œil est immédiatement accroché par des traits de côtes cartographiés, annotés, marqués, photographiés, surlignés, qui s’étendent et recouvrent les murs. Intrigué, et forcément intimidé devant l’ampleur de ce qui semble être le sujet de notre rencontre, on se risque à une question naïve : « vous avez fait tout cela ? »

Ce que l’on qualifiera ici de « tout cela », c’est une des tâches colossales que s’est fixé l’Observatoire des pratiques de tourisme et de loisir, à savoir concevoir et publier des atlas de la fréquentation des plages de Charente-Maritime, « c’est-à-dire, entre autres, de collecter des données pouvant rendre compte de l’importance de la fréquentation et de la densité d’occupation des plages », résume Luc Vacher qui travaille sur ce projet, mené en coproduction avec la Cellule Géomatique de LIENSs et l’Observatoire des pratiques de tourisme et de loisir, depuis 2008.

Colossale, car depuis 2008, ce sont « les positions précises de plus de 260 000 plageurs qui ont été collectées, analysées, géo-localisées et enregistrées dans le système d’information géographique qui va permettre la gestion des données et la conception des atlas ». Des données obtenues par photographie aérienne de la côte à basse altitude et complétées par des observations directes sur le terrain. Photographies qu’il faut ensuite analyser pour dénombrer et localiser les individus présents le jour de la prise de vue !

D’où une collaboration fructueuse avec le Laboratoire Mathématiques, Image et Applications (EA 3165 MIA) afin d’automatiser des opérations chronophages : recalage des clichés, géo-référencement, définition des « zones de plage utiles », le tout par calcul.
Une recherche qui s’inscrit dans les travaux sur la définition d’opérateurs algébriques que mène l’équipe Mathématiques et Image autour de la segmentation d’images couleur.

Luc Vacher

Pour une gestion durable des littoraux

« Ce bilan de l’occupation des plages du littoral charentais pendant les périodes estivales, en termes de fréquentation et de densité, permet naturellement d’alimenter la réflexion sur des questions de confort et de perception de la qualité de ces plages », une donnée importante pour les décideurs concernés par l’aménagement du territoire et par le facteur « tourisme ».

Plus globalement « l’atlas est un véritable outil d’aide à la décision pour une meilleure gestion durable du littoral. Il devient crucial de connaître la capacité d’accueil des plages, la répartition des usagers en fonction des accès, les critères d’accessibilité aux plages, et encore plus la pression exercée par les individus sur ces milieux… ».

C’est par cette approche innovante et jusque-là négligée que l’Observatoire met en avant des faits étonnants et objectifs concernant, par exemple, les variations de populations effectivement présentes dans l’espace littoral.

Ainsi, « on peut estimer que la population présente dans l’agglomération de La Rochelle dépasse les 250 000 personnes en juillet-août, avec un pic en août à plus de 300 000, alors que les chiffres de l’INSEE donnent une population résidente de 150 000 personnes ».

À voir / À savoir

publié le lundi 7 octobre 2013