Depuis les années 1990, de nombreux dauphins communs sont retrouvés échoués chaque hiver sur les côtes du golfe de Gascogne. Ce phénomène, désormais bien connu, s’est intensifié au fil des décennies. Une étude menée par l’Observatoire PELAGIS révèle aujourd’hui un constat préoccupant : entre 1997 et 2019, la longévité des femelles dauphins a diminué de sept ans, sous l’effet d’une mortalité accrue liée aux activités humaines en mer.
Cette baisse de longévité menace directement la survie à long terme de l’espèce, pourtant protégée au niveau national, européen et international.

Un écosystème en évolution et sous pression

Depuis 2016, les captures accidentelles de dauphins ont fortement augmenté dans le golfe de Gascogne. Chaque hiver, ce sont des centaines, voire plus d’un millier, de dauphins morts qui s’échouent sur le littoral atlantique français. Ces échouages annuels témoignent de profondes perturbations des écosystèmes marins ; perturbations qui affectent jusqu’aux espèces situées au sommet de la chaîne alimentaire, comme les dauphins.

Cette position au sein de l’écosystème confère aux dauphins un rôle de sentinelle de l’état de santé des océans. Une dégradation de la viabilité de la population de dauphins constitue un indicateur de déséquilibres du milieu marin. Face à cette situation préoccupante, le Conseil d’État a confirmé, en 2023, la nécessité de mesures fortes et adaptées : ainsi, la pêche utilisant des engins à risque de captures accidentelles a de nouveau été interdite dans le golfe de Gascogne du 21 janvier au 20 février 2026, comme cela a déjà été le cas en 2024 et 2025.

Comprendre l’impact humain sur la population de dauphins

L’Observatoire Pelagis (La Rochelle Université – CNRS) a eu pour mission de quantifier la viabilité de la population de dauphins sur les 20 dernières années. Cette mission a pu être menée à bien grâce à un dispositif unique en Europe : le Réseau National Echouages (RNE). Ce vaste réseau centralisé de sciences participatives, piloté par l’Observatoire PELAGIS et encadré par des vétérinaires, recense chaque année le nombre de dauphins échoués. Les membres du réseau prélèvent également des tissus biologiques essentiels à la recherche et à la surveillance sanitaire.

Étudier la démographie du dauphin commun reste un défi majeur. Bien qu’il s’agisse de l’espèce de cétacé la plus abondante dans l’Atlantique Nord-Est, le dauphin commun est très mobile et difficile à suivre individuellement tout au long de sa vie. Toutefois, les prélèvements de tissus effectués par les membres du RNE sur les échouages permettent de déterminer l’âge des animaux au moment de leur mort. Ce travail minutieux permet de collecter les données nécessaires à l’étude de la viabilité de la population ; données que l’Observatoire PELAGIS a également analysées en développant une modélisation innovante, récompensée par des sociétés savantes internationales.

Une alerte pour l’avenir de l’espèce dans les eaux françaises

Les résultats, publiés dans la revue internationale Conservation Letters, démontrent que la longévité des dauphins femelles dans le golfe de Gascogne est passée de 24 ans à 17 ans en seulement deux décennies. Or, les femelles commencent à se reproduire vers l’âge de 7 ans et ne donnent naissance qu’à un seul petit tous les deux à trois ans. Cette faible fécondité, combinée à une mortalité de plus en plus précoce, fragilise fortement la viabilité de la population.

Cette situation démographique, dont la gravité est aujourd’hui démontrée par ces travaux, avait précédemment conduit la Commission européenne à mettre en demeure la France en 2022 — ainsi que l’Espagne et le Portugal depuis — en exigeant la mise en place de mesures de protection stricte. La question de telles mesures, alliant conservation des dauphins et développement durable des activités humaines, dont la pêche, reste une priorité dans les années à venir.

 

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