Mathieu Giraudeau est chercheur CNRS au laboratoire Littoral Environnement et Sociétés (LIENSs) depuis 2021. Il est spécialisé en biologie évolutive et s'intéresse plus particulièrement à l’écologie et l’évolution du cancer.
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Mathieu Giraudeau a fait sa thèse sur l’Ecophysiologie des oiseaux dans le laboratoire EDB de Toulouse et est ensuite parti en postdoc pendant presque 10 ans à l’étranger (USA, Suisse et Australie). Il a par la suite  été recruté en 2018 au CNRS et est arrivé au LIENSs en 2021.

Quel est votre domaine de recherche ?

Le cadre général de mes recherches est la biologie évolutive mais mon projet s’intéresse plus particulièrement à l’écologie et l’évolution du cancer.

Vous avez publié en décembre 2021 un article dans la revue Nature « Cancer risk across mammals », pouvez-vous nous expliquer ce dont il s’agit et quels en sont les principaux résultats ?

Il s’agit de la première étude d’oncologie comparée de grande ampleur. Cette discipline consiste à comparer les espèces entre elles afin d’identifier lesquelles présentent de plus fortes susceptibilité ou à l’inverse de plus grande résistances face au cancer. Notre étude montre tout d’abord que le cancer est omniprésent chez les mammifères et que les espèces carnivores sont les plus touchées par cette pathologie. Ensuite, nous montrons que les espèces de plus grandes tailles et plus longévives n’ont pas plus de cancer que les autres. Cela pourrait paraitre paradoxale car le cancer est initié et ensuite progresse via l’accumulation de mutations et que si chaque division cellulaire a la même probabilité de générer des mutations, alors les espèces de grandes tailles et généralement plus longévives, qui nécessitent plus de divisions cellulaires devraient développer plus de cancer que les espèces de petites tailles à durées de vie plus courtes. Nos travaux suggèrent donc que l’évolution de la grande taille s’est faite conjointement avec l’évolution de défenses anticancer puissantes.

L’article « Cancer risk across mammals ».

Vous utilisez la faune sauvage comme source d’inspiration, ces travaux s’intègrent dans des approches ONE HEALTH, pouvez-vous nous en dire un peu plus à ce sujet ?

Nous proposons une approche originale qui consiste à identifier les mécanismes de résistance au cancer façonnée par l’évolution dans la faune sauvage. Une fois identifié, ces mécanismes pourront constituer de nouvelles pistes de recherche afin de tester leur potentiel pour développer des thérapies innovantes contre le cancer.

Et pour la suite Mathieu Giraudeau, quels sont vos projets ?

Nous continuons notre approche d’oncologie comparée afin d’identifier quelles sont les caractéristiques communes des espèces résistantes au cancer. Nous étudions aussi deux modèles marins aux caractéristiques bien différentes afin d’adresser des questions complémentaires. Les bivalves marins qui sont touchées par des cancers transmissibles où le cancer est transmis d’un individu à l’autre par le transfert de cellules cancéreuses dans l’eau de mer. Les tortues vertes en Martinique (en collaboration avec Damien Chevallier) qui sont touchées par de très fortes prévalences de tumeurs et pour lesquelles l’influence des polluants pourraient être un facteur aggravant majeur.